"Battement d'ailes" de Milena Agus41mKiYPiCJL__SL160_AA115_
3 1/2 étoiles

Liana Lévi, 2008, 153 pages, isbn 9782867464676

(traduit de l'Italien par Dominique Vittoz)

Un petit coin de paradis, un bout de landes encore sauvages sur les côtes de Sardaigne, et seulement trois maisonnées: celle de l’ingénieur, celle de Madame et celle de la narratrice  - quatorze ans et une bonne dose d’esprit critique mêlée d’une pointe d’innocence et d’un fort soupçon d’impertinence. A travers les yeux de cette adolescente singulière, Milena Agus a su trouver un ton original et séduisant pour nous conter les mésaventures amoureuses de Madame. Ses relations compliquées avec les promoteurs immobiliers, qui voudraient tellement construire quelques immeubles à appartements au bord de cette si jolie plage. Et avec des voisins – la famille de l’ingénieur – catholiques-très-bon-teint ainsi qu’en témoigne leur longue ribambelle de marmots, des enfants qu’ils aiment, bien sûr, mais en général plutôt qu’en particulier. Des gens si pragmatiques, convenables et prévisibles qu’aux yeux du grand-père de la narratrice, ils semblent rien moins que totalement dépourvus d’intelligence.

Flirtant avec l’étrange, "Battement d’ailes" prend des allures de contes de fées pour adultes mais surtout, surtout, pour adultes pas trop sages ni trop conventionnels. C’est un conte gorgé de soleil, du parfum des landes et de la saveur de tomates comme on n’en fait plus aujourd’hui - des tomates comme on en faisait "quand les adultes étaient petits".

A défaut de compter parmi ces livres qui marquent durablement le lecteur de leur empreinte, "Battement d’ailes" est un vrai plaisir de lecture, un moment de gourmandise qui donne envie d’en redemander. De Milena Agus, j’avais complètement zappé le fameux "Mal de pierres", saturée par un bouche à oreille assourdissant, avant même d’en avoir tourné la première page. Mais après dégustation de son second roman, ma gourmandise pourrait bien finir par l’emporter sur mes envies d’aller voir ailleurs, si je suis bien là où la rumeur n’est pas…

Extrait:

"Mais la grand-mère des voisins est un être humain important parce qu'avec son cerveau plus petit qu'un petit pois, elle est la preuve ontologique de l'existence de Dieu. Comment pourrait-elle en effet, alors qu'elle manque autant de cervelle, marcher, parler, exprimer des pensées et éprouver des sentiments si l'âme n'existe pas? Donc l'âme existe. Donc Dieu existe." (p. 82)

Un autre livre de Milena Agus, dans mon chapeau: "Mon voisin"