Entre dessins préparatoires et pamphlet politique
3 1/2 étoiles
Calmann-Lévy, 1983, 212 pages, isbn 270211274
(traduit de l'Hébreu par Guy Seniak)
Deuxième étape de ma découverte de l'oeuvre d'Amos Oz, auteur des mois d'août et septembre 2008 sur Lecture/Ecriture...
En 1982, Amos Oz s'est prêté à une série de rencontres avec quelques uns de ses concitoyens de tous bords - israëliens et arabes, juifs, musulmans ou tenants de la laïcité - pour des conversations à bâtons rompus qui lui ont fourni les matériaux de plusieurs articles publiés dans la journal "Davar". Ce sont ces articles qui sont reproduits tel quels dans "Les voix d'Israël", formant un livre un peu "patchwork", en prise directe avec l'actualité de cette année-là, et dont l'intérêt s'est sans doute quelque peu émoussé pour le lecteur de l'an de grâce 2008.
Et je dis bien "émoussé", car "Les voix d'Israël" n'en continue pas moins à proposer quelques aliments consistants à ses lecteurs. A commencer par la transcription, sans filtre, noir sur blanc, des convictions politiques de l'auteur dont l'engagement pour "La paix maintenant" est du reste bien connu. On lira ainsi un vibrant plaidoyer pour une société israëlienne pluraliste: "Au sein de la famille sioniste, plus d'un membre aurai bien voulu se débarasser de moi, et il en est d'autres qu'il ne m'est pas trop agréable d'avoir comme proches parents. Mais le pluralisme est un fait, il faut s'en accommoder, fû-ce en grinçant des dents. Ne pas se laisser aller à des excommunications, des bannissements et des refoulements de l'autre côté de la barrière. La diversité du peuple juif et de l'Israël d'aujourd'hui impose le pluralisme, que cela nous réjouisse ou nous inquiète. Personnellement, je m'en réjouis. Je n'y vois pas «un mal nécessaire», une étape à franchir «avant que ne se dessillent tous les yeux» et que nous nous retrouvions tous réunis autour de la même Vérité. Je crois en la nécessité d'un pluralisme spirituel, en une floraison de courants, d'approches diverses, de traditions et de styles de vie - y compris de «produits d'importation» intellectuels, car ainsi naîtra une tension féconde et productive." (p. 115)
Mais l'on trouvera aussi dans ces pages - et c'est ce à quoi j'ai été la plus sensible - des croquis pris sur le vif des multiples visages de l'Israël des années 1980, des portraits aux traits parfois un peu trop appuyés mais très vivants, de véritables dessins préparatoires que l'on verra réapparaître dans les vastes tableaux des romans. J'en vois un bel exemple dans ce croquis de Kerem Avraham, quartier de Jérusalem où Amos Oz a passé toute son enfance et où il a situé une grande partie d'une "histoire d'amour et de ténèbres": "Que n'y avait-il pas dans ces rues du temps de mon enfance? Le monde entier s'y trouvait réuni. Des officiers anglais assis dans les cafés, deux missionnaires finlandaises venues emprunter des livres à mon père, des policiers et des ouvriers en salopette qui se retrouvaient là pour parler politique, des artisans, dont l'un connaissait l'oeuvre de Jung sur le bout des doigts. Des gamins, en chemise bleue d'uniforme, couraient vers le local de leur mouvement de jeunesse. Il y avait aussi un dentiste qui prétendait obstinément avoir connu personnellement Staline, dont il aurait presque réussi à modifier l'attitude à l'égard du sionisme en particulier et de l'intelligentsia en général." (pp. 22-23)
En bref, "Les voix d'Israël" n'est sans doute pas le livre le plus représentatif de l'oeuvre d'Amos Oz, mais il présente un réel intérêt documentaire.
D'autres livres d'Amos Oz, dans mon chapeau: "Une histoire d'amour et de ténèbres", "Mon Michaël", "Scènes de vie villageoise" et "Un juste repos"






