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Dans mon chapeau...
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28 avril 2009

Gentil...

18744346"Ensemble, c'est tout" de Claude Berri,
avec Françoise Bertin, Audrey Tautou, Guillaume Canet et Laurent Stocker

Non, je ne suis pas une lectrice inconditionnelle d'Anna Gavalda. Ma seule rencontre avec son oeuvre - "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" - m'a laissé le souvenir d'un recueil de nouvelles écrit d'un bout à l'autre dans la même tonalité, ou en d'autres mots manquant de constrastes ou d'épaisseur. Et cela ne m'avait pas donné l'envie de poursuivre plus avant.

Et non, ce n'est pas le film que Claude Berri a tiré de son roman "Ensemble, c'est tout" qui me convaincra d'entreprendre la lecture de cette "brique" de six cents pages. Il n'y avait pas là assez de relief pour me donner envie de lire le livre, mais pourtant beaucoup de charme: de quoi me faire passer une heure et trois quarts d'heures bien agréables devant ma télé par un dimanche soir à l'humeur flemmarde. Grâce à une mise en scène irréprochable. Et surtout à un casting parfait: Guillaume Canet en dur au petit coeur très très tendre, sa grand-mère Paulette qui s'ennuie dans sa maison de retraite (Françoise Bertin), Amélie - oups, pardon... Camille - bien plus douée pour s'occuper des vies des autres que de la sienne et incarnée par Audrey Tautou - oui, ça vous a un petit air de déjà vu, mais bon, elle est bien mignonne Audrey Tautou, dans ce genre de rôle - et enfin Philibert le Bègue dont la chapka a fait la campagne de Russie aux côtés de Napoléon, et sur la tête de son bisaïeul (un excellent Laurent Stocker). Bref, quatre bons acteurs qui se glissent sans coup férir dans les peaux de leurs personnages, et c'est tout juste de quoi passer un bon moment de détente...

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27 avril 2009

"Le poids de la brise de mer"

"La mer" de Yôko Ogawa41o8J_2Bli6IL__SL160_AA115_
4 ½ étoiles

Actes Sud, 2009, 149 pages, isbn 9782742781782

(traduit du Japonais par Rose-Marie Makino)

"La mer", ce sont sept nouvelles de Yôko Ogawa, dans sa veine la plus délicate et la plus tendre. Bien plus près de la douceur de "La marche de Mina" que de l’inquiétante étrangeté de "L’annulaire".

Deux de ces nouvelles sont très courtes, guère plus que des instantanés. "Le crochet argenté" évoque un voyage en train pendant lequel une des passagères, tortillant habilement un fil de coton blanc autour d’un crochet d’argent, rappelle à la narratrice le souvenir de sa grand-mère décédée. "Boîte de pastilles" nous fait partager le quotidien du chauffeur d’un  bus scolaire, les poches bourrées de pastilles aux parfums variés pour consoler les petits et gros chagrins de ses turbulents petits passagers. Mais si les cinq autres textes rassemblés ici sont plus longs, tous séduisent par la même capacité à plonger leurs lecteurs dans des atmosphères d’une grande douceur, que ce soit au cours d’un "Voyage à Vienne", d’une visite guidée d’une petite ville japonaise ( "La guide" ) ou lorsqu’un envol de poussins rend sa voix à une petite fille que la mort de sa maman avait rendue muette ("Le camion de poussins").

La poésie et l’insolite sont toujours au rendez-vous. Mais il s’agit bien ici des surprises qui surgissent d’une observation attentive d’un monde tout ce qu’il y a de plus ordinaire, comme lorsqu’une des employées du "bureau de dactylographie japonaise Butterfly" se prend à réfléchir à la portée symbolique de certains caractères d’imprimerie japonais. Point de dérapage onirique ici, mais une grande acuité d’observation mariée à un art subtil de la suggestion pour 150 pages de pure douceur.

Extrait:

"Au début, j’ai trouvé que Butterfly était un drôle de nom pour un bureau de dactylographie japonaise.
— Regardez le mouvement de la main tenant le levier qui cherche un caractère sur la casse, ne trouvez-vous pas qu’il ressemble à celui d’un papillon volant à la recherche du nectar des fleurs ? disait le directeur du bureau en désigant le travail de mes aînées."

D'autres livres de Yôko Ogawa sont présentés sur Lecture/Ecriture.

26 avril 2009

"Bologne"

L'homme demande son chemin
parmi les rues chaudes.
Il entend à peine
l'essaim des vespas, le timbre des trams.
Son papier à la main,
c'est une statue
dans la ville vivante.
Sa question hésite
entre les jeunes et les vieux,
les hommes et les femmes,
souvent retenue
dès qu'elles sont trop belles.
A travers le treillis de son inquiétude
passe par moment un éclair de splendeur,
une arcade, un clocher,
jaune ou rouge brique devant le ciel proche,
ces couleurs que les poètes
récitant aujourd'hui leurs vers sur les places
voyaient dans leur jeunesse
quand ils étaient perdus.

Jean-Pierre Lemaire, "L'Intérieur du monde", Cheyne, 2007, pp. 70-71

23 avril 2009

"Un ruban noué autour d’une bombe"

"Frida Kahlo – « Je peins ma réalité »" de Christina Burrus515OGg0t9EL__SL160_AA115_
3 ½ étoiles

Gallimard/Découvertes, 2007, 144 pages, isbn 9782070345939

Impossible de rester indifférent devant l’œuvre de Frida Kahlo. Les tableaux de l’artiste mexicaine - atteinte de la poliomyélite à six ans, puis grièvement blessée dans un accident de bus à dix-huit – se sont si bien nourris de son expérience de la souffrance et de son union orageuse avec le peintre muraliste Diego Rivera – ils allèrent jusqu’à divorcer en décembre 1939 pour se remarier un an plus tard – qu’ils ne peuvent manquer d’interroger leurs spectateurs, autant dans leur sens esthétique que dans leur rapport au corps.

Explorant cette œuvre qui tour à tour trouble, inquiète ou déstabilise l’observateur, y compris André Breton qui la compara à "un ruban autour d’une bombe" (p. 131), Christina Burrus nous livre une biographie, très classique et très sobre, de sa créatrice. Respectant la chronologie, elle nous déroule la vie de Frida Kahlo comme une succession de faits, évoqués sans pathos ni voyeurisme. On peut certes imaginer d’autres approches, laissant davantage d’espace à la subjectivité ou à l’empathie. Mais telle qu’elle est, cette biographie est impeccablement menée, fort bien illustrée, et elle offre une bonne introduction à l’univers de l’artiste mexicaine.

Extrait:

"Seul apprentissage: celui d’elle-même, rassemblée dans ce tout petit miroir aux dimensions d’un portrait. Seul matériel humain: le sien, puisqu’elle ne peut aller vers les autres, mais tout entourée de l’expression qu’ont donné de la figure humaine les grands portraitistes allemands et italiens. De cette confrontation à sa propre identité naissent alors les problématiques qui touchent à l’essence même de l’art: celle de l’illusion, celle du dédoublement, celle du rapport à la mort. Bien plus qu’une autobiographie, ses autoportraits se révéleront les «images de l’intérieur» d’une femme lancée dans une recherche existentielle autant qu’esthétique, d’un être encore en devenir, d’une conscience qui naît." (p. 29)

 

 

 

 

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Frida Kahlo, "Las dos Fridas" (Museo de Arte Moderno, Mexico) (Source): un des rares tableaux de grand format réalisé par Frida Kahlo, en 1939, au moment de sa séparation d'avec Diego Rivera.

The archives of American Arts (Smithsonian Institution) possèdent de nombreux documents relatifs à Frida Kahlo, dont certains ont été rendus accessibles en ligne dans une exposition virtuelle créée à l'occasion du Hispanic Heritage Month en 2001: ici.

20 avril 2009

L'art, c'est...

"L'art s'inscrit toujours en excès.
Excès de sens, d'effroi comme de quiétude, excès de givre, de neige et de lucidité."

Lionel Bourg, "Gueules de fort", Folle Avoine/La petite bibliothèque, 2008, p. 57

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19 avril 2009

Tout au bout du bout du monde…

couverture_Roy"La petite poule d’eau" de Gabrielle Roy
4 ½ étoiles

Flammarion, 1951, 236 pages, ASIN B00175KFJ8

C’est tout au bout du bout du monde, dans le Nord du Manitoba, que la famille Tousignant a choisi de s’installer. Tout au bout de la ligne de chemin de fer, puis encore d’un long trajet cahotant en voiture sur une mauvaise piste et là, de l’autre côté de la rivière de la Grande Poule d’Eau où "débarquant sur la rive opposée, on devait traverser à pied une île longue d’un demi-mille, couverte de foin rugueux et serré, de trous de boue et, si c’était l’été, de moustiques énormes, affamés, qui se levaient par milliards du terrain spongieux. On aboutissait à une autre rivière. C’était la Petite Poule d’Eau. Les gens du pays avaient eu peu de peine à en dénommer les aspects géographiques, toujours d’après la doyenne de ces lieux, cette petite poule grise qui en exprimait tout l’ennui et aussi la tranquillité. En plus des deux rivières déjà citées, il y avait la Poule d’Eau tout court; il y avait le lac à la Poule d’Eau. En outre, la contrée elle-même était connue sous le nom de contrée de la Poule d’Eau. Et c’était une paix infinie que d’y voir les oiseaux aquatiques, de partout s’envoler des roseaux et virer ensemble sur un côté du ciel qu’ils assombrissaient." (pp. 11-12)

C’est tout au bout de ce bout du monde que se trouve l’île de la Petite Poule d’Eau, où le Père Tousignant prend soin d’un ranch et de sa centaine de moutons. C’est là qu’il vit avec toute sa famille et seulement quelques rares contacts avec le monde lointain de la civilisation. Les voyages la Mère, presque chaque année, jusqu’à l’hôpital français le plus proche – à quelques jours de route, tout de même -, d’où elle revient chaque fois avec dans ses bras un petit bébé tout neuf. Les professeurs qui se succèdent chaque année dans la petite école d’été de l’île – une petite école sans doute assez semblable à celles où Gabrielle Roy a enseigné au début de sa carrière d’institutrice. Et la visite du Père capucin, animé d’un esprit de partage et de justice bien dignes des temps évangéliques – à vrai dire, son évêque le trouve un peu trop révolutionnaire - qui arpente ces espaces infinis pour porter les secours de la religion à ses ouailles qui s’y trouvent dispersées…

Et c’est de ce tout petit monde, idyllique et rude, que Gabrielle Roy a dressé en 1951 un portrait tendre, candide et un peu mélancolique. C’est charmant, mignon tout plein. Ou pour mieux dire: infiniment touchant.

Manitoba

 

Extrait:

"La vieille carte lui parlait presque comme une amie et aussi comme une voleuse. Elle suintait. En l’effleurant, en la réchauffant de sa main, Luzina lui arrachait des petites gouttes d’humidité, ténues, froides, qui, sous ses doigts, lui faisaient l’effet bizarre de larmes. Le Manitoba lui paraissait alors s’ennuyer. Si grand, si peu couvert de noms, presque entièrement livré à ces larges étendues dépouillées qui figuraient les lacs et les espaces inhabités! De plus en plus vide, de papier seulement et sans caractères écrits, plus on remontait vers le Nord. Il semblait que toutes les indications se fussent groupées ensemble sur cette carte comme pour se communiquer un peu de chaleur, se fussent resserrées dans le même coin du Sud. Elles devaient s’y traduire en abréviations, tant, parfois, la place leur manquait, mais plus haut, elles s’étalaient à leur aise, aucunement bousculées. Mlle Côté avait enseigné que les trois quarts de de la population du Manitoba habitaient tout ce bout-ci de la carte que Luzina pouvait couvrir de ses deux mains. Cela laissait peu de mondepour le Nord! Si vide en cette région, la vieille carte paraissait vouloir venger Luzina. Elle portait en grosses lettres le nom de la Water Hen River. Cependant, elle se taisait sur l’existence de l’île de la Petite Poule d’Eau." (p. 128)

51N_2BWd_2B32qL__SL160_AA115_Pour une réédition récente: Boréal compact, 1994, isbn 9782890525733

D'autres livres de Gabrielle Roy sont présentés sur Lecture/Ecriture

17 avril 2009

C'est la pleine floraison... (1)

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Golden Gate Park, San Francisco (Cliché Fée Carabine)

C'est la pleine floraison (2), (3), (4), (5) et (6)

Un article consacré au Golden Gate Park, dans wikipedia.

15 avril 2009

Comment trouver une gentille belle-mère...

18462127"Nanny McPhee" de Kirk Jones,
avec Emma Thompson et Colin Firth

... à sept adorables petits monstres qui n'ont plus de maman?

Eh bien, il vous faudra engager Emma Thompson, tout d'abord comme scénariste pour adapter à l'écran les trois volumes de la série "Chère Mathilda" de Christianna Brand, bien connue des petits Britanniques, puis pour tenir le rôle d'une "nanny" pas comme les autres et, avouons-le, fort peu avantagée par la nature.

Ajoutez Colin Firth, dans le rôle du papa quelque peu dépassé par les événements, une cuisinière très susceptible (Imelda Staunton), une méchante tante tenant les cordons de la bourse (Angela Lansbury), une maison improbable, débordant de coins et de recoins, et surtout les sept petits monstres susmentionnés, vous obtiendrez un divertissement familial haut en couleurs, typique de la programmation TV des vacances scolaires (en l'occurence, sur RTL jeudi dernier). Ça ne mange pas de pain, mais ma foi, ça se laisse regarder le sourire aux lèvres...

14 avril 2009

Ecran de fumée

"Indépendance (Frank Bascombe, II)" de Richard Ford9782020326438
3 ½ étoiles

Points, 1997, 588 pages, isbn 9782020326438

(traduit de l’Anglais par Suzanne V. Mayoux)

Deuxième étape de ma découverte de l'oeuvre de Richard Ford, et par la même occasion, des aventures de Frank Bascombe...

Trois années se sont écoulées depuis les événements relatés dans "Un week-end dans le Michigan". Frank Bascombe a quitté son emploi de journaliste sportif et est devenu agent immobilier. Son ex-épouse s’est remariée avec un architecte du nom de Charley O’Dell et est partie s’installer dans le Connecticut en emmenant leurs deux enfants, Paul et Clarissa. Et Paul, justement, s’est mis depuis quelque temps à filer du mauvais coton. En ce week-end (encore!) de la fête de l’Indépendance, Frank s’apprête donc à entraîner son fils dans un petit voyage qui leur fournira, croit-il, l’occasion d’une bonne conversation entre hommes. Mais bien sûr, les choses ne se passeront pas comme prévu…

Autant je me suis sentie d’emblée "embarquée" par "Un week-end dans le Michigan", que je n’ai littéralement pas pu lâcher avant d’en tourner la dernière page, autant "Indépendance" m’a laissée partagée, oscillant tout au long de ma lecture entre un ennui poli et un intérêt somme toute fort modéré. Non que la qualité de l’ouvrage de Richard Ford laisse ici à désirer, car j’ai bien retrouvé l’acuité d’observation qui faisait merveille dans le premier épisode des aventures de Frank Bascombe, et la belle épaisseur dont l’auteur parvient à doter le petit monde de Haddam. Mais rien à faire: Frank Bascombe devenu agent immobilier affiche une tendance à la monomanie nettement plus marquée que le journaliste sportif, obsédé qu’il est à présent par des interrogations qui sont en tout état de cause fort éloignées de mes préoccupations, et par une théorie de l’engagement et de l’indépendance qui suppose que l’on n’engage en fait pas grand-chose, à part peut-être un peu d’argent. Pire encore, je n’ai pas pu me défendre de l’impression que toutes ces réflexions passablement fumeuses, toute cette philosophie à deux sous et ces histoires de "Phase d’Existence", n’étaient que le reflet des piètres tentatives de Frank pour occulter le fait qu’il ne digérait pas le remariage de son ex-épouse et surtout le départ de ses enfants pour le Connecticut…

Bref, ce nouvel avatar de Frank Bascombe s’est révélé à mes yeux comme un assez beau spécimen de casse-pieds, et j’ai épuisé mon capital de sympathie à son endroit assez tôt dans ma lecture d’"Indépendance". Alors, fort heureusement, il reste le "régal de dialogues à couper le souffle, de vacheries ciselées au scalpel, de digressions succulentes" annoncé – sans trop d’exagération - par la quatrième de couverture. Il reste le plaisir que j’ai éprouvé à la lecture de quelques portraits-charges d’une ironie mordante, tel celui du nouveau mari de l’ex-madame Bascombe, républicain bon teint, ou celui du vigile qui veille à la tranquillité du quartier résidentiel luxueux où le nouveau couple s’est installé. Et il reste un beau tableau teinté d’amertume d’une Amérique confrontée à "la sensation nouvelle d’un monde féroce embusqué tout autour de [son] territoire, une appréhension à laquelle (…) les habitants ne pourront jamais s’accoutumer, qui demeurera inconciliable jusqu’à l’heure de leur mort." (p. 12), et qui sombre petit à petit dans la morosité et une inquiétude sournoise. En ce mois de juillet 1988, alors que la campagne électorale – George Bush Sr vs Michael Dukakis – bat son plein, on peut reconnaître là quelques signes avant-coureurs d’une paranoïa qui prendra de tout autres proportions sous la présidence de George Bush Jr. Et c’est là largement de quoi maintenir l’intérêt peu ou prou en éveil, à défaut malheureusement de retrouver la magie d’"Un week-end dans le Michigan"…

Extrait:

"(…) je lance mon premier «sujet intéressant»: combien il est difficile, ici, à une quinzaine de kilomètres au sud de Hartford, d’imaginer que, le 2 juillet 1776, toutes les colonies de la côte se méfiaient les unes des autres comme de la peste, se comportaient comme autant de nations séparées, farouchement guerrières, qui redoutaient plus que tout la perte de valeur de la propriété et la religion pratiquée par les voisins (comme aujourd’hui), et qui savaient pourtant qu’il leur fallait trouver moyen d’accroître leur prospérité et leur sécurité. (Au cas où cela paraîtrait complètement barjo, c’est sérieux, c’est au programme sous l’intitulé: «Les liens entre le passé et le présent: de la fragmentation à l’unité et à l’indépendance.» A mon sens, c’est un thème de réflexion totalement approprié à la difficulté qu’éprouve Paul à intégrer son passé disloqué dans son présent tumultueux, de façon à ce que les deux s’associent raisonnablement pour lui procurer liberté et indépendance, plutôt que de rester dissociés au point de le rendre cinglé. Les cours d’Histoire sont des leçons subtiles qui nous incitent à avoir la mémoire et l’oubli sélectifs, et valent donc beaucoup mieux que la psychiatrie, qui vous force à tout vous rappeler.)" (pp. 343-344)

D'autres livres de Richard Ford, dans mon chapeau: "Un week-end dans le Michigan (Frank Bascombe, I)" et "L'état des lieux (Frank Bascombe, III)"

Richard Ford était l'auteur des mois de février et mars 2009 sur Lecture/Ecriture.

11 avril 2009

"La Passion selon Brockes"

31su7zoPvyL__SL500_AA240_"Brockes-Passion" de Georg Philipp Telemann,
Rias-Kammerchor, Akademie für Alte Musik Berlin, sous la direction de René Jacobs

Un coffret de 2 CDs, Harmonia Mundi, 2009, référence HMC 902013.14

En ces temps de fêtes pascales, les organisateurs de concert semblent souvent se donner le mot pour nous proposer des oeuvres de circonstances: "Le Messie" de Georg Friedrich Haendel, ou encore les deux Passions, selon St-Jean et selon St-Matthieu, de Jean-Sébastien Bach.

Avec tout le talent qu'on lui connaît pour sortir des sentiers battus et exhumer de la poussière des bibliothèques des oeuvres injustement oubliées, René Jacobs nous propose ici de (re)découvrir la première Passion (créée en 1716) d'un de leurs illustres contemporains, Georg Philipp Telemann.

Cette "Brockes-Passion", mettant en musique le récit de la Passion du Christ par le poète et magistrat hambourgeois Barthold Heinrich Brockes, relève en fait du genre de l'oratorio de la Passion, destiné aux salles de concert, plutôt qu'à celui de la passion-oratorio étroitement associé à la célébration des offices de la Semaine Sainte et dont les deux Passions de Jean-Sébastien Bach offrent l'exemple. Partant du texte, étonnament réaliste et imagé, de Barthold Heinrich Brockes, Georg Philipp Telemann a composé une oeuvre sans temps mort, soufflant continuellement le chaud et le froid, alternant entre Espoir et Douleur, et captivante de bout en bout. Une magnifique découverte!

Une présentation détaillée de l'oeuvre, ainsi que quelques extraits, sont disponibles en ligne sur le site d'Harmonia Mundi.

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