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Dans mon chapeau...
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31 août 2009

Yakuza-san va à la plage

18476821"Sonatine" de et avec Takeshi Kitano

Retour à l'écran total* et au cycle "Vingt ans, vingt réalisateurs" où l'année 1993 est représentée par Takeshi Kitano et son étonnante "Sonatine", qui s'annonce comme un film de genre avant d'emprunter des chemins de traverse.

Tout commence en effet en pleine scène de racket, Takeshi Kitano incarnant Murakawa, le lieutenant d'un big boss de la mafia tokyoïte, menant pendant son temps libre ses propres et juteuses petites affaires. Et voilà que le big boss décide d'envoyer Murakawa et ses hommes pour négocier la fin d'une guerre des gangs sur l'île d'Okinawa, ce qui sent le coup fourré à plein nez - et pour cause! La suite semble prévisible et il est vrai que par moment, ça pam pim pouf et rakatakata pas mal. Mais les scènes de violence résonnent ici à l'égal d'un coup de foudre dans un ciel serein, tandis que Murakawa et sa bande coulent quelques journées tranquilles dans une maisonnette isolée en bord de mer, passant leur temps entre frisbee, combats de sumo pour de rire et châteaux de sable... Juste avant "Hana Bi" qui devait asseoir définitivement la réputation de Takeshi Kitano comme réalisateur, "Sonatine" se révèle un film insolite par son atmosphère le plus souvent idyllique, et en bref, une jolie surprise.

*Non, je ne parle toujours pas de la crème solaire, bien inutile dans les salles obscures. Pour plus d'explications, c'est ici.

Et pour le programme complet du festival "Ecran total" et toutes les informations pratiques, c'est là.

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30 août 2009

Les beaux fruits de l'été (2)

"Le raisin est si frais, si plein de vitalité qu'il résiste.

Plus la grappe se dégarnit, plus les étranges ramifications de la tige me fascinent. A l'extrémité de chaque brin, toujours attaché et enveloppé de chair translucide qui capte la lumière: un coeur, couleur d'organe humain, couleur de sang, un coeur avec trois petites flèches qui partent vers le haut et qui me fait comprendre l'arrachement que j'ai senti. Depuis des mois, la pluie, le soleil, la terre nourrissent ce grain et le mènent à cette maturité glorieuse."

Antoni Casas Ros, "Mort au romantisme", Gallimard, 2009, pp. 56-57

Les beaux fruits de l'été (1) et (3)

27 août 2009

Accompagner la migration des faucons pèlerins

"Rites d’automne" de Dan O’Brien41xXhYqgfJL__SL160_AA115_
3 ½ étoiles

Au diable vauvert, 2009, 295 pages, isbn 9782846261852

(traduit de l’Anglais par Laura Derajinski)

Deux ans après la publication des "Bisons du Cœur-brisé"* où il nous racontait les débuts de son élevage de bisons dans les grandes plaines du Dakota, les éditions Au diable vauvert nous permettent de retrouver Dan O’Brien pour un grand bol d’air pur en rééditant un de ses premiers livres, "Rites d’automne", déjà paru une première fois en traduction française en 1991.

En nous livrant le récit de son voyage du Wyoming vers le golfe du Mexique, en compagnie d’un jeune faucon dont la "réintroduction" en milieu naturel vient d’être mise en échec par la présence trop proche et menaçante d’un aigle royal, Dan O’Brien fait œuvre de biologiste et de militant pour la protection du monde sauvage bien plus que d’écrivain. Il n’est pas question ici de raconter joliment une belle histoire, mais bien de faire passer un message aussi efficacement que possible. De battre en brèche ce que l’auteur qualifie, avec un sens affirmé de la formule qui fait mouche, de "biologie à la Walt Disney" (p. 220). Et de dénoncer l’aveuglement avec lequel trop de ses contemporains refusent de prendre conscience de leur responsabilité – par leurs modes de consommation, ou en choisissant de s’installer dans des régions encore sauvages seulement quelques années plus tôt – dans la disparition de certaines espèces sauvages.

"Rites d’automne" n’est pas un récit optimiste: certains dommages, une fois infligés, sont irréparables. Mais malgré cela, et en dépit de l’écriture qui en paraît peu soignée, j’ai trouvé un vrai plaisir à ma lecture: celui de la découverte du monde inconnu des oiseaux d’Amérique du Nord. Et bien sûr une grande bouffée d’oxygène!

Extrait :

 

"Pourquoi le faucon pèlerin ? me suis-je demandé. La question n’était que rhétorique. J’en connaissais la réponse : elle était dans ma tête, dans les journaux et dans les livres que j’avais achetés pour feuilleter tandis que je passais du temps aux côtés de Dolly. Le pèlerin règne sur l’imagination humaine car il est source d’inspiration. Sa beauté est raffinée. Les adultes ont le dos couvert de plumes d’un noir bleuté – chacun possédant un dégradé différent – et le poitrail large d’un blanc saumoné tacheté de noir. J’ai observé Dolly dans son plumage immature sombre, ses pattes d’un jaune virant au bleu, ses longs doigts fins, ses ongles d’ébène. A cet instant, elle a levé une patte pour se gratter le menton avec autant de délicatesse qu’une femme se frotterait le nez à une soirée mondaine. La patte toujours en l’air, elle a tiré délicatement sur la petite sonnette attachée à son tarse. Elle s’est tournée vers moi et ses yeux noirs m’ont transpercé. Si les yeux sont le miroir de l’âme, celle du pèlerin est profonde et majestueuse. On y trouve des rivières bouillonnantes, dans ces yeux, des montagnes, des océans, et la volonté intense de les intégrer à son propre environnement." (pp. 46-47)

* Ce livre a récemment été réédité dans la collection Folio sous le titre "Les bisons du Broken Heart".

26 août 2009

Liaison fatale

"Tristan et Yseut", adaptation théâtrale de Paul Emond,
par les Baladins du Miroir dans une mise en scène de Nele Paxinou

Esplanade de la Citadelle, Namur, le 22 août 2009

L'histoire de Tristan et Yseut, du philtre d'amour qui les enchaîna l'un à l'autre, de leur passion et de ses funestes conséquences, est si célèbre que je ne vous ferai pas l'injure de vous la résumer. Et l'adaptation que Paul Emond en a réalisé pour la scène lui est restée très fidèle quant aux faits - si beaucoup moins dans le ton où j'ai retrouvé l'ironie, le bagou, la verve et la vivacité du style de l'auteur de "La danse du fumiste".

Et incarnée par les Baladins du Miroir, dont l'approche de la scène mêle au théâtre chant, musique, mime et acrobatie, l'histoire de Tristan et Yseut - que l'on ne connait que trop - se révèle tout à coup bourrée de surprises, trépidante et... mais oui: vraiment très très drôle! Non que la passion tragique des deux amants soit ici tournée en ridicule. Bien au contraire! Mais c'est que revisitée à travers la lorgnette des arts forains, la plus célèbre histoire d'amour de notre culture occidentale se teinte d'humour et retrouve par la même occasion une merveilleuse fraîcheur. C'est un très beau moment de théâtre, dans la joie, la bonne humeur et une atmosphère chaleureuse à laquelle il est bien difficile de résister!

L'avis de Françoise Chatelain, sur Art et littérature.

24 août 2009

A la découverte de la faune locale

"Les projets (Le retour à la terre, tome 2)" de Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet 9782205057324v1
4 ½ étoiles

Dargaud/Poisson pilote, 2008, 48 pages, isbn 9782205057324

L’hiver est fini. Et Manu vient de terminer un nouvel album. Le temps est donc venu pour de nouveaux projets. Une nouvelle BD intitulée "Le retour à la terre", sur un scénario d’un ami de Manu - Jean-Yves Ferri – racontant l’installation de Manu à la campagne (Mais je vous en avais déjà parlé dans mon billet consacré à "La vraie vie (Le retour à la terre, tome 1)"). Un potager. Et un bébé, même si ça, c’est surtout un projet de Mariette et que Manu, lui, a besoin d’un peu – beaucoup -  de temps pour se faire à l’idée!

Quelques nouveaux personnages font ici leur entrée en scène - Esope, le petit-neveu de Mr Laguinche, et Mr Loupiot, l’épicier (le commerce de proximité n’est vraiment plus ce qu’il était…) -, tandis que nos héros continuent petit à petit à s’intégrer dans la communauté villageoise. Et quelle meilleure occasion pour ce faire que la fête du cochon, pour laquelle Manu a dessiné une nouvelle affiche, "un vrai dessin réalisé par un pro de la BD!" (p. 11)… avant d’apprendre de la bouche de Mr le Maire que "les gens par ici ne sont pas habitués à un graphisme si… euh… original!" (p. 12).

Avec le retour des beaux jours, le temps s’est fait propice – aussi – à la découverte des petites bêtes qui courent, qui volent, grouillent ou rampent dans nos vertes campagnes: les p’tits ziozieaux, un pauvre petit lézard malencontreusement égaré à l’intérieur de la maison, et bien sûr toute la bande de limaces qui s’est empressée de coloniser le nouveau potager. Avec pour résultat un deuxième album tout aussi désopilant que le premier!

Extrait:

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(p. 34)

Les autres épisodes: "La vraie vie (Le retour à la terre, tome 1)", "Le vaste monde (Le retour à la terre, tome 3)", "Le déluge (Le retour à la terre, tome 4)"  et "Les révolutions (Le retour à la terre, tome 5)"

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23 août 2009

Un mélodrame tragique et flamboyant

19085843"Etreintes brisées" de Pedro Almodovar,
avec Penélope Cruz, Blanca Portillo et Lluis Holmar

Pedro Almodovar a toujours manifesté un penchant certain pour le mélodrame, mais il lui a rarement laissé aussi libre cours que dans son dernier film en date: ces "Etreintes brisées" flamboyantes et essentiellement tragiques, qui se veulent autant un hommage au septième art que le récit de l'amour d'un réalisateur pour son actrice principale.

L'humour, si souvent présent en filigrane dans le cinéma de Pedro Almodovar, se voit ici cantonné dans les scènes de tournage (où l'on reconnaîtra d'ailleurs de larges extraits du troisième film du réalisateur espagnol: "Femmes au bord de la crise de nerf") pour laisser le champ complètement libre au récit d'une passion tragique dont on découvre d'entrée l'ampleur des ravages qu'elle a causés, la narration passant ensuite continuellement du présent au passé, avec une virtuosité qui a le bon goût de se faire oublier. C'est un très bon cru de Pedro Almodovar, même s'il s'y révèle plus sombre qu'à l'accoutumée...

21 août 2009

Parce que c'était lui? Parce que c'était moi?

"Les versets sataniques" de Salman Rushdie51P8Z6FMT0L__SL160_AA115_
3 ½ étoiles

Pocket, 2000, 703 pages, isbn 2266098047

(traduit de l'Anglais par A. Nasier)

En nous contant dans ses "Versets sataniques" les destinées de Gibreel Farishta et de Saladin Chamcha, survivants – miraculés - d'une catastrophe aérienne, Salman Rushdie a entrepris de brasser une grande diversité de thèmes et de problématiques. La question de l'expérience religieuse qui hante continuellement les rêves de Gibreel, jusqu'à lui faire perdre le sommeil. Celle de l'exil, de la rencontre et du mélange des cultures, de la perte et donc de la quête d'identité qui en découle. Et un grand cri de révolte contre le racisme ordinaire de l'Angleterre tatchérienne, et l'accueil qui y était réservé aux émigrés trop souvent entassés dans des logements insalubres*...

Il y a là ample matière pour de passionnantes réflexions, et cette matière est traitée avec toute l'inventivité et la fantaisie que l'on peut attendre de l'auteur des "Enfants de Minuit". Chaque page de ce livre regorge de surprises, allant de subtiles allusions littéraires (et comment ne pas voir, dans l'épisode de la métamorphose de Saladin Chamcha, un clin d'oeil à Franz Kafka et à son Gregor Samsa?) à de forts traits d'humour noir... Et pourtant, si inconcevable que cela puisse paraître, et malgré le plaisir et l'intérêt que j'ai trouvés la plupart du temps à la lecture de ces "versets", je me suis – aussi - un peu ennuyée face à ce monde foisonnant certes, mais qui est toujours resté bien sagement collé à ses feuillets de papier, sans prendre chair et vie à mes yeux. C'est donc sur une impression en demi-teintes que j'ai refermé ce roman: une impression mitigée qui s'est vue encore renforcée par la lecture du recueil d'essais et d'articles paru sous le titre de "Patries imaginaires", où Salman Rushdie revient sur les débats – le scandale - qui ont entouré la parution des "Versets sataniques", tout en précisant longuement les intentions (au demeurant des plus méritoires et respectables) qui ont présidé à l'écriture de ce livre dans des textes qui m'ont paradoxalement paru bien plus chargés de vie et d'émotions que le roman lui-même.

Somme toute, je dirais qu'en ce qui me concerne le monde d'expériences et de sentiments que l'auteur a voulu transmettre dans "Les versets sataniques" ne passe pas la rampe, occulté plutôt que révélé par une construction romanesque soigneusement élaborée (ça, c'est incontestable et qu'on me comprenne bien: je ne le conteste pas!). Concluant une critique enthousiaste d'un roman de l'écrivain allemand Siegfried Lenz, Salman Rushdie évoquait "a world so beautifully and completely realized that, for all its apparent alienness, it rapidly becomes our own."** ("Imaginary homelands", p. 287). C'est cette impression-là que j'avais éprouvée, il y a quelques années déjà, lors de ma découverte des "Enfants de Minuit" qui m'avait complètement éblouïe. C'est cette impression-là que malheureusement je n'ai pas retrouvée à la lecture des "Versets sataniques". Cela ne s'explique pas vraiment. C'est arrivé parce que c'était ce livre-là. Parce que c'était moi. Ou parce que c'était ce moment-là qui n'était pas le bon. Allez savoir. Mais reste que cette impression-là m'a terriblement manquée. Que cela ne vous empêche pas pourtant de vous former votre propre opinion des "Versets sataniques": ce livre en vaut la peine. Et surtout: lisez "Patries imaginaires"!

* Ces thématiques sont d'ailleurs largement traitées dans le recueil d'essais et d'articles intitulé "Patries imaginaires".
** "Un monde si parfaitement et complètement réalisé que, en dépit de ses apparences d'étrangeté, il devient très vite nôtre." (traduction Fée Carabine)

Un autre livre de Salman Rushdie, dans mon chapeau: "Patries imaginaires"

Salman Rushdie était l'auteur des mois de juin et juillet 2009, sur Lecture/Ecriture.

20 août 2009

Coup d'oeil indiscret sous les couvertures...

imagetoiteurope_52a0d"Les toits de l'Europe"
Paris, Cité de l'architecture et du patrimoine (Coupole de Cahors)
Du 8 juillet au 7 septembre 2009

Les toits - plus particulièrement les charpentes dissimulées au regard extérieur sous les couvertures de plomb ou d'ardoise, et qui ne sont généralement pas accessibles au public par l'intérieur - sont trop souvent négligés des amateurs du patrimoine architectural. Couronnant des années de recherches menées en collaboration par plusieurs équipes européennes, la petite exposition qui se tient en ce moment dans la grande coupole de la galerie des peintures, à la cité de l'architecture et du patrimoine du palais de Chaillot, vient donc fort à propos combler une véritable lacune.

On y découvrira, en l'espace d'une vingtaine de vitrines à la présentation très didactique, un exposé succinct des techniques (et des outils) de charpenterie, ainsi que des principes de la dendrochronologie*. Le tout est complété par une sélection de maquettes de charpentes remarquables, dont les modèles n'ont malheureusement pas tous survécu jusqu'à nos jours. A ce titre, la maquette de l'ancienne charpente de la cathédrale de Reims, détruite par un incendie pendant la première guerre mondiale et remplacée ensuite par une charpente en béton armé, mérite sans doute une attention particulière...

Voilà donc une exposition très recommandable (en dépit de sa petite taille) pour tous les curieux du patrimoine architectural. Et puis, on peut toujours poursuivre la visite par une exploration de la galerie des peintures de la cité de l'architecture et du patrimoine (où le moins que l'on puisse dire est que les visiteurs ne se marchent pas sur les pieds ;-): ce n'était pourtant pas sans intérêt même s'il y faisait un peu chaud....) 

* Pour faire très très court, la dendrochronologie est une technique d'analyse qui permet de dater des échantillons de bois à partir d'une mesure des épaisseurs des cernes de croissance, et cela pour autant qu'un certain nombre de conditions (statistique d'échantillonage suffisante, disponibilité d'une courbe de référence appropriée, etc...) soient satisfaites...

La présentation de l'exposition, sur le site de la cité de l'architecture et du patrimoine.

18 août 2009

Elégie pour une cité disparue

19041243_w434_h_q80"Of time and the city" de Terence Davies
(documentaire)

Après deux premiers longs métrages remarqués, "Distant voices, still lives" et "Long day closes", où il évoquait déjà la Liverpool ouvrière de son enfance, Terence Davies s'était quelque peu éloigné de sa ville natale en portant à l'écran les livres de deux auteurs américains. Et si son adaptation de "La bible de néon" de John Kennedy Toole était à bien des égards un film touchant, "The House of Mirth" (en V.F.: "Chez les heureux du monde"), d'après le roman d'Edith Wharton, s'est vu littéralement sabordé par une monumentale erreur de casting - Gillian Anderson incarnant Lily Bart avec toute la souplesse et la sensibilité d'un manche de brosse.

Son nouveau film, "Of time and the city", marque donc son retour à ses premières amours: la famille, la musique - Mozart, Mahler... mais pas les Beatles qui ne font qu'une apparition-éclair. Et bien sûr Liverpool dont il nous offre ici un portrait intimiste en forme d'élégie pour les quartiers ouvriers pauvres mais chaleureux de l'immédiat après-guerre qui ont depuis lors cédé la place à de sinistres tours HLM... Ce sont cinquante années de la vie d'une ville retracées avec un art consommé du collage dont surgit une vision totalement originale et personnelle, à l'instar de ce qu'avait fait Hélène Frappat dans son récit "Sous réserve": collage d'images d'archives et de prises de vue contemporaines, collage aussi des mots de Terence Davies et de ceux des poètes, T.S. Eliot, Emily Dickinson, James Joyce ou Anton Tchékhov... Le ton se fait tour à tour caustique, tendre ou mélancolique sans pourtant jamais sombrer dans la sinistrose. Car ce film-hommage à une cité disparue est aussi traversé, continuellement, par les silhouettes de bambins sommeillant dans leurs poussettes ou trottinant d'un pas encore mal assuré. Car "Of time and the city" est aussi le portrait d'une ville dont l'avenir reste à écrire...

C'est un film comme aucun autre. Un film que nul autre que Terence Davies n'aurait pu réaliser. Et c'est, aux côtés de "Two lovers" de James Gray, un des plus beaux films de l'année. Il n'est pas du tout distribué comme il le mériterait. Mais ne le ratez pas s'il passe près de chez vous!

Le site officiel du film

Et le site de l'écran total, où "Of time and the city" était présenté dans le cadre du cycle "documentaires".

17 août 2009

Ce n’est pas le Montana. Mais ça y ressemble!

"La vraie vie (Le retour à la terre, tome 1)" de Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet413N3P7X5ZL__AA75_
4 ½ étoiles

Dargaud/Poisson pilote, 2007, 48 pages, isbn 9782205057331

Facile de planter le décor du "retour à la terre" en deux coups de cuillère à pot: c’est l’autobiographie de Manu Larcenet scénarisée par son copain Jean-Yves Ferri, ou comme le dit Manu : "C’est moi vu par Ferri mais dessiné par moi! Sauf que, quand Manu dessine, je change de style pour pas qu’on voie qu’il dessine comme moi…". Bon, faut suivre, mais si ça paraît compliqué comme ça, c’est très simple quand on prend l’histoire depuis le début. Et c’est vrai que là, j’anticipe un peu*…

Donc, "le retour à la terre" nous raconte l’histoire d’un dessinateur de BD, Manu Larssinet, et de sa compagne Mariette, qui en ont assez de leur vie à Juvisy, des gaz d’échappement et des embouteillages et qui décident de partir s’installer à la campagne, aux Ravenelles. Et "La vraie vie" nous offre le récit de leur installation: la désaccoutumance nécessaire pour ne plus confondre les silos à grains avec un Virgin Megastore, les rencontres avec les autochtones (Mr Henry, le maire, l’ermite et la mère Mortemont) qui parlent un drôle de patois et l’épreuve du premier hivernage. Et c’est que les Ravenelles, ce n’est pas le Montana que décrit Rick Bass dans "Winter" ou "Le livre de Yaak", mais ça y ressemble bien plus qu’on ne pourrait le penser a priori! Les hivers y sont rudes, et on se sent bien loin de tout, de la civilisation et de son monde trépidant.

Le dessin de Manu Larcenet n’est pas de ceux qui me séduisent immédiatement, avec ses bouilles à peine esquissées, ses gros pifs, ses petits yeux tout noirs et le nœud improbable de Mariette, trônant au sommet d’une couette à la Fifi Brindacier. Et pourtant, je n’ai pas tardé à tomber sous le charme de ces gags d’une demi-page, qu’on peut grignoter par tout petits bouts comme on peut dévorer tout l’album d’un seul trait. C’est tout simplement dé-sar-mant :-). Et je ne compte vraiment pas m’arrêter au premier tome…

Extrait:

 

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(p. 12)

* Voir "Les projets (Le retour à la terre, tome 2)" (p. 19)

Les autres épisodes: "Les projets (Le retour à la terre, tome 2)", "Le vaste monde (Le retour à la terre, tome 3)", "Le déluge (Le retour à la terre, tome 4)" et "Les révolutions (Le retour à la terre, tome 5)"

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