Greco1"El Greco und die Moderne",
Kunstpalast, Düsseldorf,
Jusqu'au 12 août 2012

Il semble bien que non seulement l'on n'en finisse pas de redécouvrir le maître tolédan, tombé dans l'oubli à sa mort en 1614, mais surtout que notre regard sur son oeuvre reste imprégné par la perception de ceux qui le tirèrent de ce purgatoire au tournant des XIXème et XXème siècles. L'exposition qui lui était consacrée à Bruxelles au printemps 2010, pendant la présidence espagnole de l'union européenne, faisait ainsi la part belle à la contribution du marquis de la Vega-Inclán, fondateur du musée Greco de Tolède. Autre lieu, autre sensibilité, l'exposition en cours au Kunstpalast de Düsseldorf revient plutôt sur l'influence que le Greco a pu exercer - grâce à deux grandes expositions organisées à Münich et, déjà, à Düsseldorf dans les années 1910-1912, sur le mouvement expressioniste allemand, et plus généralement sur des artistes qui perçurent immédiatement ce que ses silhouettes tourmentées, ses couleurs franches et ses paysages irréels avaient de résolument moderne.

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Domenikos Theotokopoulos dit le Greco, Saint-Luc peignant la Vierge, Musée Benaki, Athènes (source)

Une des lignes de force de l'exposition de Düsseldorf joue donc de la confrontation entre les tableaux du Greco et ceux de ses épigones du début du XXème siècle qui purent lui emprunter qui sa palette de couleurs, qui d'autre une composition, et qui d'autre encore la distorsion d'un corps. Et si ces oeuvres d'artistes - allemands pour la plupart - sont inégales, le moins que l'on puisse dire est que certaines - telles cette "Annonciation" d'Oscar Kokoschka, d'une violence presqu'insoutenable - ont de quoi frapper duralement l'esprit des visiteurs!

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Domenikos Theotokopoulos dit le Greco, L'ouverture du cinquième sceau, Metropolitan Museum, New York (source)

Mais c'est ailleurs que réside la vraie force de l'exposition du Kunstpalast: dans l'oeuvre du Greco elle-même que l'on peut redécouvrir ici dans toute son ampleur, des débuts à Candie, encore marqués par les codes de la peinture byzantine, aux ultimes chefs-d'oeuvre. Le Metropolitan Museum de New York (dont "L'ouverture du cinquième sceau" est sans conteste un des clous de l'exposition), la National Gallery de Londres ou la Pinacothèque de Munich ont en effet accepté de prêter pour l'occasion quelques uns de leurs plus beaux tableaux du peintre tolédan, qui non contents d'offrir une perspective bien plus large que celle de l'exposition bruxelloise, suffiraient largement à eux seuls à justifier le voyage jusque Düsseldorf...

Pour un compte-rendu (beaucoup) plus détaillé, voyez l'avis d'un porteur de lunettes rouges: ici