"Au pays des fainéants sublimes" de Jean-Marie Laclavetine41otJVp9c2L__SL500_AA300_
3 étoiles

Gallimard/Le sentiment géographique, 2011, 231 pages, isbn 9782070135387

Au moment de partir arpenter les sentiers de Touraine, en compagnie d’un écrivain bordelais de naissance, tourangeau d’adoption, l’on devait bien s’attendre à ce que la promenade tourne à l’hommage pour un terroir reconnu autant pour ses productions littéraires que viticoles. Et sans doute les esprits de François Rabelais et d’Honoré de Balzac ne sont-ils jamais bien loin au long de ce périple qui nous amènera aussi à croiser la route d’Henry James – qui réserva une part substancielle de son délicieux "Voyage en France" à la vallée de la Loire. Mais plus encore, c’est un certain art de vivre – une certaine douceur paresseuse – que Jean-Marie Laclavetine semble avoir voulu faire revivre au fil de pages tissées de visites chez ses amis, de clichés immortalisés par Jean-Luc, l’ami photographe et compagnon de voyage, ou de retours sur des sites chers à leur coeur à tous deux. C’est ce qui fait le charme de ce périple "au pays des fainéants sublimes". Et c’est aussi ce qui en fait les limites.

Du charme et de la douceur, ce livre en a à revendre, qui regorge de jolis moment piqués au vol, d’un pique-nique les pieds dans l’eau jusqu’à un irrésistible défilé de mode bovine. Et sa lecture ne laissera certainement ni amertume ni regret. Mais plusieurs jours après en avoir tourné la dernière page, j’en suis déjà à me demander s’il me laissera tout simplement quelque souvenir que ce soit, ou s’il s’en ira rejoindre la troupe de ces lectures certes agréables mais surtout anecdotiques et si vite oubliées? La douceur du Val de Loire ne méritait-elle pas de laisser une empreinte plus profonde? Et la plume de Jean-Marie Laclavetine ne pouvait-elle vraiment pas mieux lui rendre justice ?

Extrait:

"A Saché, nous y allons, oui, mais il serait dommage de ne pas profiter des haltes que nous suggère la fantaisie du paysage ou la rencontre d’un site particulier. Regardez ce creux que fait la route, là, avec à droite une échappée sur les prairies mouillées, à gauche un vallon où ruminent des vaches blanches. Elles portent avec élégance des manchons de boue jusqu’à mi-cuisseau, et nous toisent avec ce regard tendre et attristé qui fait fondre. Pour rejoindre un enclos un peu plus haut, elles doivent passer un petit ruisseau à gué, près de la route. Voilà typiquement le genre de scène qui intéresse Jean-Luc, et le crachin ne l’arrêtera pas. Il va falloir sortir de la voiture en évitant la chute dans un fossé humide, puis tenir en grelottant un parapluie au-dessus du 6x6 Hasselblad qui, contrairement aux êtres humains, mérite d’être soigneusement protégé des intempéries. Je râlerais bien en peu, mais en vérité ce défilé de mode bovine me réjouit." (pp. 133-134)

Jean-Marie Laclavetine était l'auteur des mois d'octobre et novembre 2011 sur Lecture/Ecriture