"Ali si on veut" de Ben Arès et Antoine Wauters41Pm-sseAGL__SL500_AA300_
5 étoiles

Cheyne, 2010, 61 pages, isbn 9782841161560

Rien, vraiment, ne peut préparer le lecteur à ce qui l’attend sous la couverture de ce mince volume: une immersion dans une atmosphère tropicale – quelques détails, pour peu qu’on s’y attache, pointent vers Madagascar -, un flot de sensations, de saveurs, de parfums, la main caressant le fil du bois, la chaleur de la pierre, l’oeil noyé de couleurs. Et d’un bref poème, d’un fragment à l’autre, un guide, si l’on veut, Ali qui s’y dissout, affleure, émerge au fil d’un parcours qui défie tout résumé, a fortiori toute rationalisation.

C’est la vie qui fuse dans ces pages. C’est la vie qui bat, pulse, jaillit de la décomposition même, de l’humus, de la végétation morte. C’est la vie qui s’écoule et qui brûle, et qui ne se laisse pas réduire, à rien. Ça se dévore d’un trait. Ça vous submerge. Ça se savoure, aussi, par petites bouchées picorées au hasard. C’est flamboyant, irrésistible. Et magnifique.

Extrait:

"Ne sait plus qui, ni quoi, ne scrute, ne cherche plus. De babil à babil, en toute cécité. Sans propriétés fixes, Ali, sans valeurs de soi fichées en terre, figées en dur mais les cycles, les mouvances en son sein, qui affleurent, les fondations de l’obscur, du poème.

Si l’instant s’étend, se prélasse; s’il se bouche, se rapetisse; s’il est fugace, esquive, se confond avec lui. Rouge, jaune, orange sous les gris de saison, sous la cendre. La pourriture, la vie grouillante dans l’humus, le corps portant. Ne pipe mot, écoute les mues si les mots manquent."
(pp. 44-45) 

Un autre extrait, dans mon chapeau: ici